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Mérule sur béton, plâtre, OSB ou poutre : matériau par matériau

La mérule mange le bois, et seulement le bois. Mais on la trouve aussi sur des murs en brique, du plafonnage, du béton. Voici ce qu'elle fait réellement à chaque matériau de votre maison, et pourquoi ça compte pour la suite.

Sacha Bernard
Sacha Bernardéditeur du site

Mérule sur béton ou sur brique : elle ne mange pas, elle traverse

Trouver de la mérule sur du béton, sur un mur de brique ou sur du plâtre surprend souvent : comment un champignon du bois peut-il pousser sur un matériau minéral ? La réponse est simple. La mérule se nourrit de la cellulose du bois et d'aucun autre matériau de construction. Mais pour atteindre de nouveaux bois, elle étend ses filaments et ses cordons sur tout ce qui se trouve sur son chemin, et peut s'infiltrer dans les joints et les mortiers friables.

C'est ce qui la distingue de la plupart des autres champignons de maison. Ses cordons peuvent transporter l'eau et les nutriments depuis un bois humide jusqu'à un bois plus sec, parfois à plusieurs mètres, en passant par une maçonnerie. Selon l'Institut national de santé publique du Québec, c'est aussi comme ça qu'elle peut passer d'une habitation à l'autre par un mur mitoyen. On sait également qu'elle puise dans le plâtre, la brique ou la pierre certains minéraux comme le calcium et le fer. Elle ne les « digère » pas pour autant : elle s'en sert, sans les détruire comme elle détruit le bois.

La conséquence pratique est importante : dès que la mérule a touché la maçonnerie, retirer le bois pourri ne suffit plus. Le champignon peut rester vivant dans le mur et repartir vers le prochain bois. C'est pour ça que le traitement professionnel porte aussi sur les murs.

Mérule dans le bois massif : poutres, gîtes, planchers, escaliers

Bois détruit par la pourriture cubique, fendu en petits blocs, avec un mètre ruban pour l'échelle

C'est sa nourriture. Dans le bois massif, la mérule dégrade la cellulose et laisse une matière brune, légère, qui se fend en long et en travers. On parle de pourriture cubique : le bois finit par se casser en petits blocs, comme des morceaux de sucre brun, et se réduit en poudre entre les doigts. La photo ci-dessus, avec son mètre ruban, montre bien le résultat.

Les poutres

La mérule sur une poutre commence presque toujours par l'about, la partie encastrée dans le mur. C'est là que le bois est en contact direct avec une maçonnerie humide, dans le noir, sans air. Vue de dessous, la poutre peut sembler saine alors que son extrémité est déjà friable. Un tournevis qui s'enfonce sans effort près du mur est un mauvais signe.

Les gîtes et les planchers

Les gîtes du plancher du rez, posés au-dessus d'une cave ou d'un vide sanitaire, sont parmi les premiers bois touchés dans les maisons belges anciennes. Un plancher qui fléchit, qui s'affaisse le long d'un mur, dont les lattes se creusent ou se déforment, doit alerter. Sur un parquet, la mérule attaque d'abord la face cachée ; on ne voit souvent rien en surface avant que le bois cède.

Les escaliers

Un escalier en bois qui descend à la cave, avec son pied posé sur un sol humide, est un point faible classique. Les limons et les premières marches pourrissent par le bas. Là encore, le danger est structurel : une marche peut céder sans prévenir.

Traitement de la mérule : comment se déroule un chantier sérieuxLire le guide ›

Mérule sur OSB, aggloméré et multiplex

Les panneaux dérivés du bois contiennent de la cellulose, donc la mérule peut s'en nourrir. L'OSB (panneau de lamelles orientées), l'aggloméré (panneau de particules) et le multiplex (contreplaqué) sont tous des aliments possibles, avec quelques nuances.

L'aggloméré est souvent le plus vulnérable. Il gonfle à l'humidité, perd sa cohésion et offre au champignon une masse de petites particules faciles à coloniser. On le retrouve sous les revêtements de sol, en fonds de placards, dans les vieux meubles de cave.

L'OSB résiste un peu mieux à l'eau selon sa classe, mais il reste du bois collé. En rénovation, on en voit beaucoup en sous-plancher, en habillage de mur, en doublage de combles. Posé contre un mur humide sans lame d'air, il crée exactement les conditions que la mérule recherche. Le multiplex se comporte de façon comparable, selon la colle et l'essence utilisées.

Point important : un panneau posé récemment ne protège pas une maison. Si on recouvre un mur ou un plancher infecté avec de l'OSB neuf sans traiter le problème, on offre au champignon un nouveau repas, bien à l'abri.

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Mérule sur plâtre, plafonnage et gyproc

Le plafonnage traditionnel, l'enduit de plâtre posé sur la brique, n'est pas un aliment pour la mérule. Mais c'est un support qu'elle traverse et derrière lequel elle circule très bien. On voit alors apparaître des taches, des cloques, un enduit qui sonne creux ou se décolle, parfois des cordons qui sortent par une fissure. Souvent, en retirant un plafonnage abîmé, on découvre des cordons gris et un voile blanc étalés sur la brique.

Le cas du gyproc (plaque de plâtre cartonnée) est différent. Le plâtre au cœur de la plaque n'est pas mangé, mais le carton des deux faces contient de la cellulose. La mérule peut s'en nourrir et se développer entre la plaque et le mur, dans l'espace de l'ossature. Si l'ossature est en bois (lattes, chevrons), elle devient une cible directe. Une cloison ou un doublage en gyproc qui gondole, se tache ou s'effrite au pied mérite qu'on regarde derrière.

Un doublage en gyproc posé pour « cacher » un mur humide est l'une des situations les plus trompeuses : le mur continue de mouiller, l'ossature et le carton restent au noir, et rien ne se voit pendant longtemps côté pièce.

Mérule dans la brique et la maçonnerie

Cordon gris ramifié qui court sur une brique enduite

C'est sur la maçonnerie que la mérule montre sa capacité la plus redoutée. Ses cordons gris, comme celui de la photo, courent en surface, se glissent dans les joints, suivent les fissures et les mortiers friables. Ils peuvent ainsi traverser un mur pour rejoindre le bois de l'autre côté : un gîte encastré, un linteau, une huisserie, un plancher du voisin.

La brique elle-même n'est pas détruite. Ce sont surtout les joints à la chaux anciens, souvent pulvérulents dans nos maisons du 19e et du début du 20e siècle, qui offrent des chemins faciles. Une maçonnerie gorgée d'eau par des remontées capillaires sert en plus de réservoir d'humidité pour le champignon.

C'est pour cette raison que le traitement d'une mérule qui a atteint un mur ne se limite pas au bois. Les techniques reconnues prévoient de dégager les enduits, de nettoyer les surfaces et d'injecter un produit fongicide dans la maçonnerie par une série de forages, sur une zone qui déborde largement de la partie visiblement touchée. Le détail est expliqué sur la page consacrée au traitement de la mérule, étape par étape.

Et sur le béton ?

Un béton sain, compact, sans fissure, est très difficile à traverser pour la mérule. Elle peut en revanche s'étaler à sa surface, dans un voile ou des cordons, pour aller d'un bois à un autre, et profiter de la moindre fissure, d'un joint de reprise, d'une traversée de tuyau mal colmatée. On voit ainsi de la mérule sur un sol de cave en béton, sous un plancher flottant, contre un mur de fondation.

Ce qui compte, sur le béton comme ailleurs, c'est ce qui est posé dessus ou à côté : lambourdes, plinthes, cartons, palettes, étagères. Le béton ne sera pas attaqué, mais il peut servir de pont et rester humide longtemps.

Récapitulatif par matériau

MatériauLa mérule s'en nourrit ?Ce qu'elle y fait
Bois massif (poutres, gîtes, planchers, escaliers)OuiPourriture cubique, perte de résistance
OSB, aggloméré, multiplexOuiDégradation, gonflement, perte de cohésion
GyprocLe carton, oui ; le plâtre, nonDéveloppement entre plaque et mur, attaque de l'ossature bois
Plafonnage (plâtre)NonCircule derrière, fait cloquer et décoller l'enduit
Brique, pierre, jointsNonTraverse par les joints et mortiers friables, reste vivante dans le mur
BétonNonS'étale en surface, profite des fissures

Ce que ça change pour vous

Si vous avez trouvé de la mérule sur un mur ou un sol, la vraie question est : d'où vient-elle, et jusqu'où va-t-elle ? Le bois qui la nourrit peut être caché plusieurs mètres plus loin. C'est tout l'intérêt d'un diagnostic mérule sur place, qui sonde les bois voisins et la maçonnerie pour cartographier l'attaque avant de décider quoi ouvrir. Et c'est aussi ce qui fait varier le coût d'un traitement de la mérule : une poutre isolée n'a rien à voir avec un mur mitoyen traversé.

Avant d'en arriver là, une première étape simple : photographiez ce que vous voyez, le support, les bois voisins, et envoyez-le via le formulaire. Un professionnel du traitement de votre région regarde vos images et vous rappelle en général sous 24 heures ouvrables, gratuitement pour vous. Pour vous préparer, les pages mérule en photo et premiers signes de mérule montrent quoi cadrer.

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Photos : Mätes II. (CC BY-SA 3.0) | Mätes II. (CC BY-SA 3.0). Wikimedia Commons.