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Mérule en photo : comment la reconnaître chez vous

Trois vraies photos de mérule, décortiquées détail par détail, pour savoir quoi regarder dans votre cave ou sous votre plancher. Et une checklist à parcourir lampe de poche en main avant de paniquer, ou avant de casser un mur.

Sacha Bernard
Sacha Bernardéditeur du site

À quoi ressemble la mérule ?

Reconnaître la mérule sur une photo, ou en vrai, tient surtout à une combinaison de détails : une galette orange-rouille ou brun-roux, un bord blanc bien net, parfois des gouttelettes en surface, une fine poussière rousse autour, et du bois voisin qui se casse en petits cubes. Un seul de ces signes ne prouve rien. Trois ou quatre ensemble, c'est une autre histoire.

La mérule pleureuse (Serpula lacrymans de son nom latin) est un champignon qui se nourrit de la cellulose du bois. Dans nos maisons belges, elle s'installe là où le bois reste humide, sombre et mal ventilé : caves, dessous de planchers du rez, pieds d'escalier, lambris posés contre un mur froid. Elle a une particularité qui la rend redoutable : ses cordons peuvent transporter l'humidité et traverser la maçonnerie pour aller chercher du bois plus loin, parfois dans la maison voisine quand on vit en mitoyen.

J'ai choisi ci-dessous trois photos qui montrent la mérule sous des formes différentes. Ce sont des stades avancés, là où le champignon fructifie. Si ce que vous voyez ressemble plutôt à un duvet blanc ou à des filaments gris, allez voir la page consacrée au début de mérule et à ses premiers signes, qui montre les stades précoces.

Test rapide : est-ce de la mérule ?

Répondez à six questions sur ce que vous voyez chez vous : le test vous dit si ça ressemble à de la mérule, à du salpêtre ou à une moisissure.

Test : est-ce de la mérule ?

Six questions, une minute. Ça ne remplace pas un avis sur place, mais ça vous dit si ça vaut la peine de faire vérifier.

1. Qu'est-ce que vous voyez ?
2. Sur quoi ?
3. Au toucher (avec un gant), c'est plutôt…
4. Une fine poussière rousse, couleur cannelle, autour ?
5. Y a-t-il eu une fuite, une infiltration ou une inondation à cet endroit ?
6. Une odeur de champignon ou de cave quand on s'approche ?
Début de mérule : reconnaître les premiers signesLire le guide ›

Photo 1 : la fructification en gros plan

Fructification de mérule en gros plan avec des plis orange-rouille et un bourrelet blanc sur le pourtour

C'est l'image que la plupart des gens ont en tête quand ils cherchent « mérule photo ». On regarde ici le corps de fructification, la partie qui produit les spores. Le laboratoire intercommunal bruxellois Brulabo la décrit d'ailleurs comme une « crêpe brun rouille bordée de blanc ». Voici ce qu'il faut observer, dans l'ordre.

La couleur

Le centre est orange-rouille, parfois brun-roux, parfois tirant sur le jaune ocre quand la fructification est jeune. Avec le temps, il fonce et devient brun chocolat, un peu poussiéreux. Ce n'est jamais vert, jamais noir, jamais bleuté : si vous voyez ces couleurs, vous êtes plus probablement face à des moisissures.

La texture

La surface n'est pas lisse. Elle forme des plis, des replis, des petites alvéoles irrégulières qui rappellent un peu un cerveau ou une éponge écrasée. Au toucher (avec un gant, et sans gratter), c'est souple et légèrement caoutchouteux quand c'est frais, plus sec et cassant quand c'est vieux.

Le bourrelet blanc

Le détail le plus parlant est souvent le bord. Une fructification active est entourée d'une marge blanche, épaisse, comme un bourrelet de coton qui avance. C'est la zone de croissance. Une tache brune sans ce liseré blanc peut être autre chose, ou une vieille fructification morte.

Les gouttelettes

Le nom latin lacrymans veut dire « qui pleure ». Quand l'air est humide, la mérule peut se couvrir de petites gouttes d'eau claires ou légèrement ambrées, comme de la rosée. Tout le monde ne les verra pas : elles apparaissent surtout sur des fructifications en pleine forme, dans une cave où l'air est saturé. Leur absence n'écarte pas la mérule. Leur présence, combinée au reste, est un indice fort.

Photo 2 : une nappe qui « pleure » au plafond d'une cave

Mérule étalée au plafond d'une cave, couverte de gouttelettes qui brillent à la lumière

Ici, la mérule ne forme pas de chapeau. Elle s'étale à plat, collée au support, sur une grande surface du plafond et des bois de la cave. C'est comme ça qu'on la trouve le plus souvent dans une maison : contre une plinthe, sous un escalier, à l'arrière d'un lambris qu'on vient de démonter, au dos d'un parquet, ou comme ici sous un plancher vu depuis la cave.

Ce qui brille sur la photo, ce sont des gouttelettes. Éclairées par le flash, elles donnent cet aspect pailleté. Regardez aussi la répartition des couleurs : les zones plus anciennes tirent vers le jaune et le brun-rouille, les bords restent blanc-gris et cotonneux, avec des filaments qui partent vers le mur.

La poussière rousse de spores

Autour d'une fructification mûre, on trouve souvent un dépôt de poussière fine couleur brique ou cannelle. Ce sont les spores. Elles se déposent sur le sol de la cave, sur les étagères, sur les objets posés à proximité, parfois sur plusieurs mètres. Beaucoup de gens les remarquent avant le champignon lui-même, en pensant à de la rouille ou à de la poussière de brique. Un test simple : passez un doigt ganté ou un mouchoir blanc. Si ça laisse une trace brun-roux très fine, presque grasse, notez-le.

Le bois autour

Sur cette photo comme dans la réalité, le bois voisin compte autant que le champignon. Un bois attaqué par la mérule devient brun, léger, et se fend dans les deux sens, en long et en travers. Il finit par se casser en petits cubes qu'on peut réduire en poudre entre les doigts. C'est ce qu'on appelle la pourriture cubique. Vous trouverez une photo très parlante de ce bois « en morceaux de sucre » sur la page qui détaille comment la mérule attaque chaque matériau.

Un doute sur ce que vous avez trouvé ?

Envoyez une ou deux photos. Un professionnel de votre région les regarde et vous rappelle, en général sous 24 h ouvrables. Gratuit, sans engagement.

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Photo 3 : l'éventail dans l'angle d'une porte

Fructification de mérule en forme d'éventail blanc-jaune dans l'angle d'un encadrement de porte en bois

Cette troisième image est intéressante parce qu'elle ne ressemble pas aux deux autres. La fructification est plus claire, blanc-jaune, et pousse en éventail ou en console dans un angle, là où le chambranle rejoint le mur. Sur une paroi verticale, la mérule peut former ces petites « étagères » un peu épaisses au lieu d'une galette plate.

Ce qui doit alerter ici, c'est l'endroit. Un encadrement de porte en bois, au rez ou à la cave, collé à une maçonnerie qui reste humide : c'est exactement le type de point de contact que la mérule exploite. Le champignon a probablement traversé le mur ou longé le bâti avant de sortir à la lumière. Ce qu'on voit n'est donc qu'une partie, et souvent la plus petite.

Autre détail à noter : la teinte jaunâtre et les nuances parfois lilas ou rosées sur le mycélium. La mérule n'est pas toujours rouille. Jeune, ou dans un endroit où elle est gênée (courant d'air, lumière), elle peut rester pâle, avec ces reflets jaunes ou violacés que d'autres champignons de maison n'ont généralement pas.

Les cordons : le signe que beaucoup ratent

Sur aucune des trois photos on ne voit bien les cordons, et pourtant ce sont eux qui font la réputation de la mérule. Ce sont des sortes de racines grises, de l'épaisseur d'une ficelle à celle d'un crayon, qui partent du champignon et rampent sur les murs, dans les joints, derrière les enduits. Ils servent à transporter l'eau et les nutriments.

Deux choses permettent de les distinguer de ceux d'autres champignons. D'abord leur couleur, gris argenté à gris sale, plutôt que brun foncé ou noir. Ensuite leur comportement une fois secs : les cordons de mérule deviennent cassants et se brisent net quand on les plie, alors que ceux de plusieurs champignons voisins restent souples. Si vous voulez comparer avec les sosies les plus fréquents, la page sur les champignons qu'on confond avec la mérule les passe en revue un par un.

Checklist d'auto-examen

Prenez une bonne lampe, des gants et votre GSM pour les photos. Ne grattez pas, ne pulvérisez rien, ne démontez rien de porteur. L'idée est d'observer et de documenter.

  1. Y a-t-il une galette ou une croûte orange-rouille à brun-roux, plissée ou alvéolée ?
  2. Est-elle bordée d'un liseré blanc cotonneux, plus épais que le reste ?
  3. Voyez-vous des gouttelettes claires à sa surface ?
  4. Y a-t-il une poussière fine brun-roux sur le sol ou les objets à proximité ?
  5. Voyez-vous des cordons gris sur le mur, dans les joints, derrière une plinthe ?
  6. Du coton blanc, un feutre, un voile grisâtre sur du bois ou de la maçonnerie ?
  7. Le bois voisin est-il brun, léger, fendu en petits cubes, friable entre les doigts ?
  8. Un plancher sonne-t-il creux ou s'enfonce-t-il légèrement sous le pied ?
  9. Une odeur de champignon ou de terre humide persiste-t-elle après aération ?
  10. Y a-t-il une source d'humidité connue : ancienne fuite, remontées capillaires, gouttière percée, cave inondée un jour ?

Si vous cochez trois cases ou plus, et surtout si l'une d'elles est la 1, la 2 ou la 7, la mérule devient une hypothèse sérieuse. Deux cases ou moins, ce n'est pas rassurant pour autant : cela peut être un début discret, ou un autre problème d'humidité. L'odeur à elle seule, par exemple, ne dit pas grand-chose ; j'explique pourquoi sur la page consacrée à l'odeur de la mérule.

Les efflorescences blanches et poudreuses sur un mur de cave sont très souvent du salpêtre, pas un champignon. Elles sont minérales, cristallines, et ne forment ni cordons ni coton. En cas de doute, la comparaison salpêtre ou mérule tient en une page.

Comment faire des photos utiles

Une photo floue de trois mètres de loin, prise au flash dans le noir, ne permet à personne de trancher. Voici ce qui aide vraiment un professionnel à se faire une idée à distance :

C'est justement le principe de ce site : vous envoyez ces images, elles sont regardées par un professionnel du traitement de la mérule de votre région, qui vous rappelle en général sous 24 heures ouvrables. C'est gratuit pour vous. Et je le dis souvent : une bonne partie des photos reçues ne montrent pas de la mérule, ce qui est une bonne nouvelle.

Faire vérifier mes photos

Si la mérule se confirme, un examen sur place reste la seule façon de connaître l'étendue réelle de l'attaque. Ce que couvre un diagnostic mérule en Belgique, et ce qu'il coûte, est détaillé sur la page dédiée.

Questions fréquentes

Peut-on reconnaître la mérule avec certitude sur une photo ?

Souvent on peut dire « très probable » ou « très peu probable ». Une certitude demande parfois un prélèvement analysé en laboratoire, surtout au stade du mycélium blanc, qui ressemble à celui d'autres champignons.

La mérule est-elle toujours orange ?

Non. Jeune, elle est blanche à crème, parfois avec des reflets jaunes ou lilas. Le orange-rouille apparaît quand elle fructifie, et le brun foncé quand la fructification vieillit.

Que sont les gouttes sur le champignon ?

De l'eau que le champignon rejette quand l'air est très humide, d'où son nom de mérule « pleureuse ».

La poussière rousse dans ma cave, c'est forcément de la mérule ?

Pas forcément. De la rouille, de la poussière de brique ou de mortier peuvent y ressembler. Ce qui doit alerter, c'est une poussière très fine, brun-roux, qui revient après nettoyage et se concentre près d'une zone boisée.

Faut-il gratter ou arracher la mérule pour mieux voir ?

Non. Gratter disperse les spores et ne supprime rien : le champignon continue dans le bois et la maçonnerie. Photographiez tel quel et laissez un professionnel décider de ce qu'il faut ouvrir. Si vous pensez déjà à intervenir vous-même, lisez d'abord ce que dit la page sur traiter la mérule soi-même.

J'ai trouvé de la mérule, par quoi commencer ?

Par l'humidité : coupez ce qui peut l'être (fuite, gouttière), aérez, n'isolez rien et ne cachez rien. Ensuite, faites confirmer l'identification et évaluer l'étendue. Les étapes d'un traitement de la mérule dans les règles sont expliquées pas à pas.

 

Photos : Majavamm.jpg: Epp derivative work: Ak ccm (talk) (CC BY-SA 3.0) | Boatbuilder (CC BY-SA 3.0) | Energiesorgenfrei (Diskussion) (CC BY-SA 3.0 de). Wikimedia Commons.